Voyage dans l'Afrique des Grands Lacs

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Impression(s) du nouveau Rwanda

Une fois tous les deux ans, j'ai pris l'habitude de me rendre en pèlerinage au Rwanda. J'observe les transformations de ce pays depuis 1997. Je ne me lasse pas de retourner dans ce petit pays si bucolique, si charmant, si accueillant. Ce pays, aussi, où, à peine arrivé, l'on se sent suffoqué, à la fois par la beauté des paysages, mais aussi par le climat martial qui y règne.
Ce pays marqué au fer rouge par le génocide des tutsi de 1994, et le massacre la même année de plusieurs centaines de milliers de hutus. Tous les deux ans, donc, j'observe ce pays panser ces plaies et faire acte de résilience, pour aborder des défis non moins vertigineux, que sont le développement et la lutte contre la pauvreté, la misère, plutôt, avec un M majuscule.
Il y a deux ans j'avais gardé pour toute image du Rwanda le souvenir d'une jeune fille d'une beauté exceptionnelle, assise derrière un bureau, et que j'invitais à boire un verre. Poliment, elle déclinait mon invitation en m'apprenant qu'elle ne pouvait se déplacer, sa prothèse de jambes étant chez son réparateur. Le Rwanda, à l'instar de cette jeune rwandaise, m'était alors apparu resplendissant, en pleine reconstruction, même s'il devait marcher sur une jambe.

Deux ans plus tard, les impressions semblent sensiblement différentes.

Si le Rwanda poursuit brillamment sa reconstruction, les Rwandais en gardent un goût amer. A Kigali, la capitale, les buildings poussent comme des champignons. Mais, alors qu'ils suscitaient deux ans auparavant l'admiration des Rwandais, ces constructions apparaissent désormais comme le symbole d'un régime qui s'essouffle, gangrené par les affaires. Tel ce building au centre de Kigali, tout de verre et d'acier, que d'aucuns à Kigali savent être la métaphore des pouvoirs démesurés d'une poignée de militaires au pouvoir. Les rumeurs disent qu'il a été bâti grâce à un prêt de plusieurs centaines de millions de dollars accordé à un ancien aide de camp… D'autres affirment que cette aide de camp n'est qu'un prete-nom qui cacherait Kagamé en personne. L'armée affairiste s'arroge ainsi la part du lion dans l'économie émergente du nouveau Rwanda.
Une attitude dénoncée par un homme d'affaires de mes amis, au hasard d'une rencontre dans un grand hôtel de la capitale. Ce dernier, pourtant favorable au régime, s'agaçait du monopole de l'armée et du FPR dans le bizness, en particulier des minerais.
Une omniprésence qui peut parfois prendre une tournure scandaleuse. Ainsi, dans un bus qui me faisait traverser le pays, je me mis à deviser avec un commerçant tanzanien, qui avait pris pour habitude de travailler avec des hommes d'affaires congolais dûment installés à Bukavu. Scandalisé par la création du parti des mai mai, une milice à l'origine du massacre de plusieurs milliers de civils, en particulier Tutsis, ce dernier s'en est ouvert à ses collègues congolais, leur demandant des explications. Ces derniers ont littéralement explosé de rire. "En effet, les Rwandais ont tendance à qualifier les mai mai de groupe génocidaire de sinistre mémoire. Et disent s'employer à les neutraliser. C'est de la blague. Maï mai et FDLR exploitent le bois et l'or du Sud-Kivu, qu'ils vont ensuite revendre à des colonels de l'armée rwandaise, à Kigali même !".
Ainsi, certains membres très influents de l'APR s'emploieraient à exfiltrer les minerais du Kivu via le Rwanda. En effet, depuis le vote en avril 2010 de la loi américaine dod Bill act, les minerais provenant de la RDC doivent faire l'objet d'un marquage avant d'être achetés par des industriels américains, afin de s'assurer que leurs commerce n'alimente pas les rébellions des Sud et Nord Kivus. Pour contourner ce processus de traçabilité, les minerais du Kivu serait marquée avec des certificats rwandais, revendus sous le manteau à prix d'or. D'où l'explosion en ce début d'année de l'exportation de minerais rwandais, dont le secteur a triplé son chiffre d'affaires…

"Il faut une alternance"

Il y a deux ans, l'un de mes amis était devenu un fanatique absolu de Kagamé, qui à ses yeux revêtait toutes les qualités : sens tactique, fin stratège, grand diplomate, etc. Deux ans plus tard, je rencontrai par hasard ce camarade et me sentais un peu embarrassé à l'idée de devoir supporter encore une fois pendant de longues minutes qui eussent pu passer pour des heures son chapelet de litanies pro-Kagamé. Mais de cela, rien n'a été. Quand je lui posai la question, un sourire ironique en coin, sur son admiration pour Le Grand Homme, sa réponse m'a plus que surpris : "Il faut une alternance…" Entre temps la présidentielle était passée par là. Surtout, l'affaire Nyamwasa avait fait des dégâts considérables, même parmi les Kagamistes les plus convaincus. Rappel : en juin, Kayumba Nyamwasa, ancien chef d'état-major de l'armée patriotique rwandaise, en délicatesse avec le régime et réfugié en Afrique du Sud, était victime d'une tentative d'assassinat près de sa résidence de Johannesburg. Fervent patriote, considéré comme un véritable héros national, Nyamwasa avait au sein de l'armée une aura qui égalait, voire surpassait celle de Kagamé.

Sa tentative d'assassinat raté, que d'aucuns ont attribué au régime en place, a fait vaciller la base "électorale" sur laquelle était assise Kagamé. S'en est suivi à Kigali, entre fin 2010 et 2011, une épuration dans les rangs des hauts officiers, et de l'administration. Les anglophones, anciens réfugiés en Ouganda, autrefois en cour, ont été disgraciés, car considérés comme proches de Nyamwasa. Tandis qu'une bonne part des francophones, autrefois marginalisés, signaient un timide retour aux affaires. Entre temps, les affidés de Nyamwasa faisaient circuler par voie de presse des révélations sur la corruption du régime. Il en va ainsi de la compagnie aérienne privée immatriculée en Afrique du Sud, qu'utilise régulièrement la présidence rwandaise, et qui serait entre les mains de Kagamé himself, via le truchement de deux hommes de paille. Cette bataille rangée entre ces deux hommes a durablement entamé le crédit de Kagamé vis-à-vis des siens.

La peur se démocratise

Hutus marginalisés, Tutsis aux commandes ? De facto, cette analyse semble totalement surannée. Depuis 2008, les tutsis ne semblent pas plus avantagés que leurs semblables hutus. La lutte contre la corruption, les luttes intestines, les querelles de cour ont totalement désorganisé les solidarités ethniques d'antan. D'autant que s'éloigne, avec le temps, chez les Tutsis, la peur d'un nouveau génocide, et que les hutus, apeurés dans un premier par une féroce répression à leur encontre, semble rasséréné, désormais. La lutte contre le tribalisme fait partie des réussites les plus éclatantes du régime de Kagamé, même si les haines d'antan, qui s'exprimaient au grand jour, sont toujours présentes dans les coeurs des Rwandais.

Surtout, s'il y a eu répression ces deux dernières années, elle s'est surtout manifestée à l'encontre des tutsis. Il y eut d'abord la destitution et l'emprisonnement de Laurent Nkunda, herault tutsi du Congo, qui parvint en 2008 à imposer sa loi dans les deux Kivus. S'en est suivi une série d'assassinats parmi ses proches, dont la plus emblématique fut celle de Denis Semadwinga, ancien directeur de cabinet de Nkunda, en juin 2010. Toujours est-il que les partisans de Nkunda sont encore nombreux, à Kigali tout comme à Goma, et se cachent. Même s'ils ne rêvent que de vengeance. Les proches de Nyamwasa, ou encore considérés comme tel, sont désemparés. Placardisés, marginalisés, ils vivent actuellement en pleine désillusion. Et en pleine terreur.

la crise économique, en plus

Les gens de Goma se moquent des Rwandais : "Nous quand on construit nos maisons, on les paie cash". De fait les Rwandais ont contracté dès 2005, 2006, des prêts immobiliers à des taux vertigineux (17 ou 18%), qu'ils ont bien du mal à rembourser. Jean-Pierre est un cadre dirigeant de l'administration rwandaise. Son statut lui a permis de s'offrir un 4x4 rutilant neuf, payé à 50% par l'administration rwandaise. Les 50% restants doivent être acquittés grâce à un prêt. Et puis, il y a le crédit de la maison qu'il faut rembourser. Si bien que Jean-Pierre est totalement étouffé par les crédits, à tel point qu'il calcule chaque dépense, et ne peut s'offrir de restaurant aux heures de déjeuner; il vient au boulot avec sa gamelle. Qui plus est, il doit habiter dans une maison inachevée, qu'il n'a pas fini de payer, aux poutres apparentes. Jean-Pierre fait pourtant partie de l'élite du pays.

Les mythes du nouveau Rwanda

Le Rwanda pays de service ? Si les services financiers semblent avoir fait un bond en avant spectaculaire, si les banques apparaissent au Rwanda, à Kigali en particulier comme les nouveaux temples, il en va autrement de l'Internet et des services hôteliers. Le Rwanda n'est pas encore le pays aux 1000 gigabits. A part dans quelques cybercafés des coins huppés de Kigali, difficile de trouver des connexions haut débit. La plupart du temps, une page s'uploade en deux à trois minutes… Les services hôteliers restent toujours déplorables. Il n'est pas rare de manquer d'eau courante dans des hôtels du centre ville de la capitale. Il n'est pas rare de rester attablé une à deux heures, lorsqu'on passe commande dans un restaurant. A l'EXPO commerciale 2011, les exposants avaient l'air surpris que je leur achète leurs produits. A cet égard, le Rwanda ne peut pour le moment souffrir la comparaison avec l'Ouganda, où le secteur hôtelier a acquis une maturité étonnante.

Kibuyé

A Kibuyé, une jeune rescapée de Bisesero, avec qui j'ai sympathisé, a tenté de me soustraire mon I-Pod. La vilaine.

Ruhengeri

A Ruhengeri, un jeune garçon en haillon m'accoste à l'arrêt de bus. Et me dit : what time is it ? Pensant qu'il ne savait pas exactement ce qu'il racontait, je lui tends ma montre. Et le jeune garçon de me répondre : it's 2 PM. Etonné, je poursuis en anglais : my bus is late. Le jeune garçon me rassure : he's coming. Assurément l'école primaire et obligatoire, même pour les enfants les plus déshérités, donne des résultats probants. Une autre réussite du régime de Kagamé. Le jeune garçon a quant à lui gagné mon estime, et une pièce de 100 FRW.

Culture, forbidden

Je ne l'avais pas reconnu tant il a vieilli. Ce vieil esprit libre, qui a accompagné le FPR à l'entrée de Kigali en 1994, a bien maigri. Cet amateur de ganja, de poésie et de cinéma, avance vouté, mais semble détendu et apaisé. Homme de médias influent il y a encore une dizaine d'années, il semble bien amer. Le Rwanda qu'il rêvait, pays de culture et de paix, n'a jamais émergé. C'est devenu selon ses dires l'arrière-salle des biznessman venus faire fortune dans le Congo voisin. De fait, les hommes de culture se sentent marginalisés dans le nouveau Rwanda. Si les établissements bancaires se multiplient aux quatre coins de Kigali, la capitale ne compte toujours que deux librairies correctement achalandées, dont celle de Caritas, présente au Rwanda depuis des lustres. Signe du désamour des Rwandais pour la culture, le premier festival de cinéma rwandais Hilliwood a laissé indifférent la majorité d'entre eux. Pas une couverture médiatique locale sur cet événement culturel, qui a pourtant enthousiasmé le Los Angeles Times. Comme pour faire écho à cet amertume, un professeur en psychologie avec qui je partageais une Primus aux Mille Colline un jeudi soir, se désole pour sa part de la politique en matière d'enseignement supérieur du Rwanda. "Quand le ministre de l'enseignement supérieur a affirmé haut et fort à la télévision que les sciences humaines de servaient à rien, j'ai démissionné de mon poste. Actuellement la priorité va à l'enseignement technique. Mais on ne peut pas faire un pays uniquement avec des informaticiens !"

Anglais, français ? Kinyarwanda

A peine passé le poste frontière de Gatuna, en provenance d'Ouganda, je pris la sage décision de ne pas déroger à l'utilisation de la langue de Shakespeare, au Rwanda. En effet, le régime avait décidé de passer au tout-english, en rendant l'anglais seule langue d'enseignement. Quelle ne fut pas ma surprise, à peine arrivé à l'hôtel, de découvrir que le JT du soir était successivement décliné en français, anglais, kinyarwanda. Parmi les Rwandais, la majorité d'entre eux, lorsqu'il s'exprime dans une langue étrangère, le font en français. L'école française Saint-Exupéry, qui dispense un enseignement bilingue, fait partie des écoles les plus cotées de Kigali. De même, lorsque les parents en ont les moyens, ils préfèrent aux écoles publiques les écoles privées, qui souvent proposent le français comme langue d'enseignement. bref, malgré les efforts colossaux entrepris par le régime en place pour déraciner la langue de molière, elle reste encore très présente dans le coeur des Rwandais. Mais, faut-il le rappeler ? Le kinyarwanda reste, pour l'écrasante majorité, la seule langue parlée.

kivu, Goma, From paradise to hell

J'ai pénétré Gisenyi en provenance de Kibuye par le lac Kivu, sur une embarcation de pêcheurs, chargée de victuailles, matelas, poules, bureaux… Descendu sur le port tout près de l'usine Bralirwa, j'ai d'emblée une mauvaise impression de cette cette ville de villégiature, fréquentée pour sa plage le week end par les Rwandais de Kigali : sur le sol couleur cendre, des pêcheurs en haillons tapaient le bout de gras, à coté d'embarcation de fortune. Le lendemain, en plein centre ville cette fois-ci, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir Gisenyi, qui deux ans auparavant faisait figure de belle endormie, totalement métamorphosée. Comme dans chaque ville rwandaise, les voies avaient été entièrement refaites, la ville avait été fleurie, de nouveaux hôtels, de nouveaux commerces étaient sortis de terre. Au loin, sur le lac Kivu, on pouvait apercevoir une plateforme, qui ressemblait peu ou prou à une plateforme pétrolière : il s'agit en fait de la plateforme d'extraction du gaz du lac Kivu, qui en est encore à sa phase expérimentale. Gisenyi en somme est devenu un véritable havre de paix, au bord du lac Kivu. Et son gaz au loin apparait comme la promesse de la solution au grave problème énergétique du Rwanda.

Son ripolinage est d'autant plus impressionnant que la ville frontalière congolaise de Goma s'est enfoncé dans le chaos le plus total, la laideur la plus effrayante, la misère la plus totale. Passé le poste frontière, Goma semble invisible, tant la poussière recouvre tout : impossible de voir plus loin que quelques mètres. La première impression qui nous est donné est celle de se retrouver dans un décor désolé de western à la sergio leone, avec des couleurs grises dignes d'un roman de Zola. La circulation effrayante est totalement anarchique; les motos taxis coupent la route à des 4X4 rutilants, qui foncent à toute bringue, soulevant sur leur passage un tourbillon de poussière volcanique. En entrant dans la grande ville, on peut apercevoir les vestiges de la cathédrale, presque entièrement détruite par l'éruption du  volcan Nyiragongo en 2003. Aux abords du lac, la plage du peuple : des "mamans" chargés de bidons jaunes font le plein d'eau du lac, qui servira à l'usage domestique. Inutile de dire que le choléra, à cause de l'usage de cette eau, fait des ravages. Près du port de pêche, de jeunes enfants crasseux s'amusent au milieu des détritus de toutes sorte. Des cabanes de quelques m2 font office de demeure pour des familles de 5 à 10 enfants. Elles jouxtent en revanche de superbes villas, fraichement construites, aux couleurs pastels : vert pomme, rose, bleu ciel. Car il est un fait : si l'Etat semble totalement absent, si la ville ressemble à une ville du far west, certains intérêts particuliers manifestent leur puissance : grosses cylindrés, grosses villas, comptoirs de matières premières disséminés dans la ville. Malgré la crise qui touche le secteur minier, du fait du bannissement des minerais congolais censés alimenter les rébellions de la sous-région du Kivu, Goma est encore, malgré tout, bourrée de dollars. Ce contraste entre une population misérable et quelques riches Congolais et expatriés est saisissant. Il apporte à cette ville martyr une dimension quasi mystique, dantesque. Ce ne sont plus des congolais que l'on voit déambuler dans la ville et que l'on devine derrière cet écran de poussière volcanique permanent, mais plutôt des têtes de gargouilles animées d'un rictus ironique, amer, triste. Bienvenue en enfer.

Bujumbura la swahili

Bujumbura, la capitale du Burundi, c'est Kigali, sur laquelle on aurait passé un coup de fer à repasser. Bujumbura aurait fait douter Copernic, tant la ville est plate. Un miracle, dans cette région de collines. Plus chaude que Kigali, Abuja, comme on la surnomme, est balayée tout le long de la journée par des alizées en provenance du lac Tankanyika. La ville, forte de 500 000  âmes, est en effet construite au bord du lac, l'un des plus importants d'Afrique. Si Kigali a l'air totalement autiste, Bujumbura, en revanche, semble expansive, voire extravertie. C'est un lieu de passage entre le Rwanda, la Tanzanie, la RDC. C'est un lieu de trafic. Les populations sont beaucoup plus "swahili" qu'au Rwanda; les femmes voilées, ou en burka, y sont plus nombreuses. On trouve de tout à Abuja, et surtout n'importe quoi, en provenance de Dubaï, ou de la Chine. A peine arrivé, j'y ai acheté un briquet, qui n'a jamais fonctionné… Abuja ressemble à Kigali, une dizaine d'années auparavant. On y trouve encore des kiosques, et des téléphones publics, des vendeurs de rue, des marchands ambulants, une circulation anarchique : toute sorte de choses bannies dans le Rwanda Inc. du président Kagamé, qui pourtant font le charme des villes africaines. Mais que l'on ne s'y trompe pas : malgré sa bonhomie, sa décontraction apparente, Abuja est une ville assiégée. Les rebelles du FNL sont aux portes de la ville, dans le Bujumbura rural. Du coup, des agents de renseignement sont disséminés dans la villes, aux aguets : impossible de sortir un appareil photo sans se faire suspecter d'être un espion. L'insécurité va de pair avec une corruption galopante. Une de mes amies enseignantes n'avaient pas été payées depuis six mois;, lorsque je la rencontrais; tandis que dans les beaux quartiers, à Mutanga, de colossales villas sortent du sol. Celles des caciques du CNDD-FDD, le parti au pouvoir. Les Burundais assistent médusés à cette fuite en avant, entre attaques meurtrières et gabegie. En gardant le sourire, mais en prenant garde de ne pas s'aventurer trop tard le soir, dans les rues de la ville...

La peur

Si le Rwanda reste un pays bucolique et charmant, si Kigali la ville fleurie est certainement la plus coquette et la plus propre des capitales d'Afrique, il n'en reste pas moins que la terreur emplit le coeur des Rwandais.
Les Rwandais ne s'expriment plus au grand jour, ils chuchotent le soir couché.
Les récents attentats à la grenade ont fait craindre une reprise de la guerre et de ses atrocités.
La guerre que se livre Kagamé et Nyamwasa a fait nombre de victimes collatérales. Ceux qui ont été épargnés préfèrent se taire.
Les quelques journalistes qui, avec plus ou moins de bonheur, faisait acte d'impertinence en s'attaquant au pouvoir en place, ont dû fuir la répression, Umuseso en tête.
Comme par hasard, le seul journaliste sur la place de Kigali à avoir dénoncé l'implication des services rwandais dans la tentative d'assassinat de Nyamwasa, Jean-Leonard Rugambage, a été assassiné devant son domicile en 2010. Un règlement de compte familial, a objecté la police.
Comme pour symboliser cette autoritarisme rampant, ce pouvoir militaire sur la population civile, les soldats de l'APR sont déployés sur l'ensemble du Rwanda dès l'après-midi, jusqu'à la nuit tombée. Pour la sécurité de la population.