Le colonel Robardey dénonce une campagne de diffamation menée par Kigali

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La guerre médiatique fait rage entre le Rwanda et la France. Ou plus exactement entre le colonel Robardey et le pouvoir de Kigali. Par médias interposés.
Mais qui est donc ce fameux colonel, dont les posts sur son blog semblent tant déranger en haut lieu à Kigali ? Michel Robardey est un officier de gendarmerie, présent au Rwanda entre 1990 et 1993. Il y a, entre autres, dirigé le programme de formation des officiers de police judiciaire. Selon l’association Survie, le colonel Robardey "était chargé de réorganiser le fichier central : la section de recherche et de documentation criminelle (CRCD), lieu de torture où aurait sévi le capitaine Simbikangwa, qui travaillait à l’époque au service des renseignements."  Et d’ajouter : "Robardey s’inscrit dans la lignée de militaires, politiques et essayistes français qui en défendant l’existence d’un supposé génocide des Hutu par des Tutsi relativisent le seul génocide ayant été perpétré, celui des Tutsi au Rwanda, et la complicité des autorités françaises dans ce crime." Ce n’est donc pas un tendre. Lui se présente tout autrement sur son blog. Il aurait entre autres permis de stopper une vague d’attentats terroristes perpétrés au Rwanda entre 1991 et 1993. Les coupables ? Selon Michel Robardey, le FPR : "Il est apparu au début de l’année 1993 de manière incontestable - et aujourd’hui encore non seulement incontestée mais reconnue par les dissidents du FPR - que ces attentats visant à déstabiliser le pays étaient l’œuvre du Front Patriotique Rwandais, rébellion fromentée en Ouganda et tentant  depuis octobre 1990 d’abattre le Président au pouvoir à Kigali", écrit-il sur son blog. Selon d’autres sources, ces attentats sont des opérations sous fausse bannière du gouvernement d’Habyarimana, à seule fin de diaboliser le FPR. C’est ce qu’écrit le journaliste Jacques Morel : "Le rapport « Étude sur le terrorisme au Rwanda depuis 1990 », dont il porte vraisemblablement la paternité, accuse sans preuves le FPR d’attentats. Il a été contesté par la DGSE qui les attribue à des proches du clan présidentiel opposés au multipartisme." Quoi qu’il en soit, après avoir publié son post, une série d’articles de médias rwandais ont été publiés quant à la présence de Robardey au Rwanda entre 1990 et 1993. Qui affirment tous le contraire de ce qu’il a écrit. 
Le premier quotidien à avoir dégainé est un journal anglophone, ktpress. Dans un article intitulé "Robardey confirme l’existence d’une cellule secrète d’Habyarimana chargée de l’exécution des opposants", les auteurs anonymes de ce papier prêtent à Rabardey des propos qui sont l’exacte contraire de ce qu’il a affirmé sur son blog. Florilège : Robardey aurait avoué que l’assassinat de Félicien Gatabazi, ministre des travaux publics, aurait été commandité par Habyarimana, pour ensuite accuser le FPR. Dans le roman Kigali-sur-Seine, il est fait mention de cet assassinat de cet homme politique : 

 

 

Kigali-sur-Seine_extrait_4 by gervais

 

 

 
Le gouvernement d'Habyarimana aurait également organisé les attentats terroristes, ensuite attribué par le pouvoir en place au front patriotique rwandais. Dernier pseudo aveu de Robardey : la BNP, banque française, aurait financé l’achat d’armes, au plus fort du génocide. Ces accusations ont été reprises sur Twitter, notamment par Albert Rudatsimburwa, un journaliste proche du pouvoir rwandais.
 
S’agirait-il d’une méprise ? Les journalistes de KTPress aurait-il mal traduit le billet de Robardey ? C’est une thèse assez invraisemblable. Car ils ont été informés, par de nombreux lecteurs, des contre-sens qu’ils publiaient. Aucun erratum n’a été ajouté à cet article, qui est resté tel quel. Seul le colonel Robardey s’est fendu d’un nouveau billet, pour dénoncer "cette page de délires plus outranciers encore que le rapport Mucyo qui ne reculait pas devant la production de faux documents, ni que l’expertise bidon dite « rapport Mutsinzi »[3] concoctée avec l’aide des services britanniques". Et de conclure : "l’article de KT Press est manifestement à usage local. Il n’est publié que dans le cadre de la politique intérieure rwandaise en vue des élections présidentielles de 2017 et dans le but  de  faire oublier que « Kagame a sacrifié les tutsi[6] » et de renforcer le mythe de « Kagame le sauveur »". Il y a néanmoins peu de chance pour que Robardey este en justice devant les tribunaux rwandais, afin de laver son honneur…
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