La
fin de la guerre dans les grands lacs ?
Les soldats de l'ancienne armée d'Habyarimana
reconvertis en mouvement politico-militaire, acteurs du génocide
de 1994, ont décidé de rendre les armes, à
la veille de la commémoration des onze ans du génocide.
Alors assagis, repentis, ou tout simplement finis, les FDLR ?
Les observateurs de la région avaient
prédit cet événement, qui sonne comme un
coup de tonnerre dans les grands lacs : les FDLR (Forces démocratiques
de libération du Rwanda), l'un des principaux groupes armés
opposés au Rwanda et basé en RDC, ont annoncé
la fin de "toute opération offensive" contre
le Rwanda. Cette déclaration,
faite à Rome à l'issue de pourparlers qui ont duré
plusieurs jours au sein de la communauté catholique SantEgidio,
s'annonce comme une trève, qui augure d'un désarmement
et "d'un retour pacifique" des FDLR au Rwanda, selon
les propres termes du président de ce mouvement politicomilitaire,
Ignace Murwanashyaka. A terme, ce mouvement devrait, si l'on en
croit son président, se consacrer uniquement au "combat
politique". Dernier point important de la décalaration
des FDLR : ils condamnent sans ambage "le génocide
commis au Rwanda et leurs auteurs".
Divisés
La réddition des FDLR n'étonnent pas, loin s'en
faut, les observateurs avertis de la région des grands
lacs. Estimés, selon les sources, entre 8000 et 15000,
les FDLR (composées d'anciens militaires rwandais qui ont
fui le Rwanda gouverné par le FPR en 1994) étaient
minés par les divisions internes et la défection
de nombre de leurs soutiens, dont le régime de Kinshasa.
En septembre dernier, le mouvement a éclaté en deux
factions, dont l'une, qui ne s'est pas rendue, représente
essentiellement des ressortissants du nord du Rwanda (R-FDLR),
la région d'origine de feu le président Juvénal
Habyarimana. Sans compter qu'en novembre 2003, le numéro
un de la branche armée des FDLR, Paul Rwarakabije, avait
rendu les armes, privant ainsi le mouvement de sa force stratégique
militaire.
Les attaques menées par le FDLR depuis le territoire congolais
contre le Rwanda empoisonnaient les relations de Kinshasa et Kigali
depuis onze ans. Le Rwanda accusait la RDC d'abriter ces soldats
ayant participé au génocide de 1994, et responsables
de multiples attaques contre le Rwanda, tandis que le pouvoir
congolais affirmait que Kigali se servait de la présence
des FDLR dans la région du Kivu pour occuper une partie
du territoire congolais.
La réddition des FDLR présage donc de meilleures
relations diplomatiques entre le Rwanda et la RDC. Même
si le combat politique auquel se prépare le FDLR au Rwanda
risque d'être explosif, comme le suggère les communiqués
de ce mouvement au passé si trouble...
Jean-Bernard Gervais