Rwanda
Au pays des mille embrouilles ? Mise
en ligne le 19/03/05
Première inquiétude,
un article paru cette semaine chez notre confrère le Gri
Gri international, et qui dévoile, document à
l'appui, les montages commerciaux de l'hebdomadaire Jeune
Afrique. Contre monnaie sonnante et trébuchante, la
direction du journal s'engage à publier des articles bienveillants
sur les régimes africains qui veulent bien passer au tiroir-caisse.
A vrai dire, cette révélation tient plutôt
du secret de polichinelle, tant il est vrai que les pratiques
de M. Ben Yahmed, patron de jeune afrique, sont connus de tous.
Mais ce que l'on apprend dans cet article, ce sont les montants
faramineux (plusieurs centaines de milliers d'euros pour des dossiers
spéciaux de quelques dizaines de pages) et les noms des
pays qui s'adonnent à ces pratiques. Mauvaise surprise,
le Rwanda figure en bonne place parmi les "mécènes"
de Jeune Afrique. En 2003, le pays des milles collines s'est engagé
à régler 350 000 US$ en trois versements. Pas moins
! Etonnant pour un régime qui s'est fait connaitre en conspuant
la Françafrique, dont le principal organe de presse est
justement.... Jeune Afrique ! D'autant plus étonnant et
scandaleux que Jeune Afrique emploie jusqu'à présent,
en tant que représentanet commerciale du journal au Sénégal,
une ancienne dignitaire du régime d'Habyarimana, Spérancie
Karwera Mutwe.
Enquête
dans deux ambassades
Autre sujet d'inquiétude : la gabégie qui aurait
eu cours dans deux des principales ambassades du Rwanda, en Ethiopie
et en France. En février dernier, le ministère rwandais
des Finances a mandaté deux enquêteurs pour mener
un audit poussé des comptes durant la période où
lesdites ambassades étaient administrées par Pascal
Ngoga (Ethiopie) et Jacques Bihozagara (France).
En Ethiopie, Pascal Ngoga est resté en poste de 1999 à
janvier 2005. Et n'a pas chômé, en matière
de gabégie et d'abus de biens sociaux, comme l'indique
le rapport des enquêteurs rwandais, que s'est procuré
The new times, un quotidien rwandais.
De la simple subtilisation des biens de l'ambassade (tapis, téléphone,
matériel hi-fi, ordinateurs...) à l'utilisation
des fonds de l'ambassade à des fins personnelles, la liste
des actes répréhensibles est longue... L'ex-ambassadeur
dément tout en bloc. Tout comme son homologue Jacques Bihozagara,
en poste à Paris jusqu'en novembre 2004. Le rapport, le
concernant, souligne un fait qui mérite éclaircissement
: alors que le Rwanda avait envoyé la coquette somme de
255 000 euros pour réparation de l'immeuble de l'ambassade
et de la résidence de l'ambassadeur, seul 183,538.26 euros
ont été dépensés. Quant à l'utilisation
de la différence, soit plus de 70 000 euros, l'ancien ambassadeur
n'a pas d'explication plausible à apporter. Interrogé
par la presse, le ministère des affaires étrangères
a tenu à préciser que les Ngoga et Bihozagara ne
sont pas sous le coup d'une inculpation judiciaire. L'affaire
suit son cours...
Jean-Bernard Gervais