Rwanda
Guerres de tranchées
franco-rwandaises Mise en ligne le
10/04/05
A
l'occasion de la 11e commémoration du génocide des
tutsis rwandais, la France et le Rwanda se sont livrés,
une fois de plus, à de nouvelles escarmouches, par médias
et livres interposés. A quand la vérité sur
les responsabilités des uns et des autres dans le génocide,
tel que la réclament la commission d'enquête citoyenne,
ou le comité des parties civiles pour le Rwanda ?
Onze ans après le génocide
des tutsis rwandais, la France et le Rwanda poursuivent leur guerre
politicomédiatique de basse intensité. Rappelons
que le Rwanda accuse régulièrement la France d'avoir
prêté main forte aux têtes pensantes du génocide,
tandis que les autorités françaises dénient
formellement toute implication. Ce dont doutent, d'ailleurs, certains
honnêtes hommes, dans de récentes publications. La
commémoration du génocide est le prétexte
tout trouvé pour de nouvelles attaques par médias
interposés, et le 11e anniversaire, cette année,
n'a pas dérogé à la règle.
A point nommé, les mémoires du colonel Marchal,
ex-chef du contingent belge de la Minuar pendant le génocide,
publié aux éditions Duboiris, reprend point par
point les thèses avancées par le juge français
Jean-Louis Bruguière. A savoir : l'attentat contre le Falcon
d'Habyarimana qui a lancé le coup d'envoi du génocide
a été fomenté par le FPR de Kagamé.
Ce qui laisse sous-entendre que l'actuel président rwandais
a sa part de responsabilité dans le génocide. Cette
thèse, qui fait porter une lourde de croix au pouvoir rwandais,
n'est, malheureusement pour l'auteur, étayée d'aucun
fait probant. Mais laisse courir la rumeur que les Tutsis actuellement
aux affaires ont sacrifié, par pur calcul politique, leurs
"frères" disparus dans le génocide...
Complicité de génocide
Ce à quoi les autorités
rwandaises répondent en accusant la France de complicité
de génocide. Cette année, c'est le représentant
du gouvernement rwandais auprès du TPIR, Aloys Mutabingwa,
qui a appelé l'Onu, le 5 avril dernier, à engager
des poursuites contre les autorités françaises pour
complicité de génocide. Arguant du fait que les
procès du TPIR rendent publiques des preuves de la culpabilité
de la France, qui par ailleurs hébergerait une "centaine
de suspects rwandais", le diplomate rwandais demande à
l'Onu de "mettre la diplomatie de côté"
pour que justice soit faite. Et de prendre exemple sur le gouvernement
rwandais, qui vient de donner les pleins pouvoirs à une
commission rwandaise chargée de faire toute la lumière
sur les responsabilités françaises dans le génocide.
Entre les tranchées rwandaises et françaises, de
simples citoyens, armés de leur seule ténacité,
tentent de rétablir les faits, et de rendre ainsi un dernier
hommage à quelque 800000 tutsis assassinés pour
le simple fait d'être nés tutsis.
Initiatives citoyennes
Ces citoyens, cette année, en
France, ont présenté leurs travaux lors de tables
rondes organisées à l'occasion de la 11e commémoration
du génocide. A Paris, le 9 avril, Géraud de la Pradelle,
juriste et membre de la commission d'enquête citoyenne (CEC)
a exposé dans le menu détail la finalité de
cette commission : juger les responsables français accusés
d'avoir aidé, participé, encourager le génocide
des tusis rwandais. A leur actif, les membres de cette commision
sont à l'origine de la saisie de la justice par des victimes
rwandaises du génocide visant en réalité des
militaires français. Prudent, Géraud de la Pradelle
prévient : "le gibier que nous traquons est aux affaires
en France, a des carrières à défendre, des
fortunes à protéger. Ils se protégeront, se
défendront, l'affaire est loin d'être gagnée."
Ces initiatives citoyennes - n'oublions pas non plus le combat mené
par le Comité des parties civiles pour le Rwanda qui traque
les génocidaires rwandais en fuite - redorent le blason quelque
peu terni du pas des droits de l'homme. Chapeau bas...
Jean-Bernard Gervais
