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Rwanda_Politique
Assasinat
d'Habyarimana : un ex-lieutenant du FPR accuse Kagamé Mise
en ligne le 01/11/05
Le lieutenant Abdul Ruzibiza, ex-officier du Front patriotique
rwandais (FPR) affirme, dans un livre, avoir été le
témoin direct de l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion
du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana. L'officier
attribue la responsabilité de cet attentat au FPR.
Selon le lieutenant Ruzibiza, les rebelles
tutsis conduits par le général Paul Kagamé,
aujourd'hui président du Rwanda, attendaient depuis 1993
le moment opportun pour éliminer le président Habyarimana.
Dans Rwanda, l'histoire secrète (Editions du Panama), il
raconte que, le 31 mars 1994, lors d'une réunion dirigée
par le général Kagamé, "la décision
a été prise qu'à toute heure, dès que
l'opportunité s'en présenterait, l'avion du président
Habyarimana serait abattu". Les deux missiles ont été
acheminés, selon lui, le 6 janvier 1994 de l'Ouganda à
Mulindi, le quartier général du FPR, puis sur le site
de tir de la colline de Masaka, proche de l'aéroport. Le
6 avril 1994, "aux alentours de 20 h 25", l'avion présidentiel
a été abattu.
Le lieutenant Abdul Ruzibiza est un témoin
de l'intérieur, et son livre est une plongée au sein
du FPR, devenu l'Armée patriotique rwandaise (APR). Il n'est
par ailleurs pas un inconnu, ayant déjà accepté
de collaborer avec des enquêtes en cours.
Engagé dans trois procédures
judiciaires contre ses anciens camarades de combat pour des crimes
commis au Rwanda entre 1990 et 2001, l'officier a décidé
de révéler le fonctionnement de l'armée rebelle.
Depuis son exil de Norvège, il dénonce les pouvoirs
successifs au Rwanda et la "complicité" de la France
avec le régime hutu extrémiste de 1994, celui qui
a perpétré le génocide des Tutsis. Ancien agent
du "Network Commando", le service des opérations
spéciales du FPR, il pointe particulièrement les crimes
commis dans son propre camp. Il cite de nombreux témoins
et désigne près de 400 responsables.
déposition devant Jean-Louis Bruguière
Réfugié en Ouganda, Abdul Ruzibiza
s'était rendu en 2003 à Paris pour une audition, à
la demande du juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière,
chargé de l'instruction sur l'attentat qui a coûté
la vie aux pilotes français du Falcon 50 offert par Paris
au président Habyarimana. Le Monde avait révélé,
en mars 2003, le caractère explosif de la déposition
du lieutenant Ruzibiza devant le juge Bruguière. En dépit
du faisceau de preuves accablant le FPR et le général
Kagamé, Jean-Louis Bruguière n'a toutefois toujours
pas transmis ses conclusions au parquet. Le lieutenant Ruzibiza
s'interroge aujourd'hui sur le "caractère politique"
d'une affaire qui assombrit des relations déjà tendues
entre Paris et Kigali.
Stéphanie Maupas, Le
Monde
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