Munyeshyaka, retour de flamme Mise en ligne
le 29_01_06
L’abbé
Munyeshyaka, réfugié en France et qui a été
mis en examen en 1996 pour complicité de génocide,
revient sur le devant de la scène. La justice rwandaise a
demandé son extradition. Tandis que l’écrivain
rwandais Benjamin Sehene publie la confession romancé de
Stanislas, double littéraire du fameux abbé rwandais.
L’abbé Wenceslas Munyeshyaka
qui pour certains représente à lui seul l’impunité
dont peuvent jouir de présumés coupables rwandais
(ou présumés innocents selon les sensibilités)
de génocide sur le sol français revient sur le devant
de la scène.
Sur la scène judiciaire, d’abord. En décembre
2005, les autorités rwandaises ont en effet émis un
mandat d'arrêt international à l'encontre de l'abbé
Wenceslas Munyeshyaka.
Ce mandat d'arrêt a, dès réception, été
transmis au ministère français la Justice. L'auditeur
militaire général du Rwanda, le major Christophe Bizimungu,
a déclaré à l'AFP que Kigali avait "lancé
un mandat d'arrêt international contre lui en décembre
(2005) pour qu'il soit extradé". Réfugié
en France à la demande et sous la protection de la Conférence
épiscopale de France, l’abbé Munyeshyaka figure
sur la liste des criminels recherchés par le gouvernement
rwandais pour être traduit devant le tribunal international
de l’ONU. Selon des témoignages de personnes qui s'étaient
réfugiées en avril 1994 dans l'église de la
Sainte-Famille, une paroisse de Kigali, l'abbé Munyeshyaka
aurait aidé à la sélection de membres de la
communauté tutsie à tuer. Il est aussi accusé
d'avoir violé des femmes tutsies qui avaient cru trouver
refuge auprès de lui.
Un roman
L’abbé « «soi-disant »
génocidaire est aussi présent sur la scène
littéraire. Benjamin
Sehene, écrivain rwandais qui n’en est pas à
son premier essai, publie un témoignage romancé, à
la première personne du singulier, d’un abbé
rwandais, exilé en France, accusé de génocide,
Le
Feu sous la soutane. Ce prêtre, qui ressemble à
s’y méprendre à Munyeshyaka, se remémore
du fin fond de sa geôle française la saint Barthélémy
rwandaise de 1994, et le terrible engrenage qui l’a amené
à y participer. De simple prêtre aimé de tous,
Stanislas, aussi surnommé « le jeune »
pour son entrain et son goût de la communication, sombre peu
à peu dans le Mal absolu. En charge de quelques centaines
de tutsi réfugiés dans son église dès
le début du génocide, à Kigali, Stanislas,
de père hutu et de mère tutsi, est tiraillé
par sa condition de prêtre et sa faiblesse humaine, par son
humanisme et son militantisme pro-hutu. Après avoir vainement
résisté contre lui-même, Stanislas, vaincu par
sa faiblesse, commet son premier viol, assassine un réfugié,
livre des tutsi aux interamwe, ment à sa propre mère.
Loin de tout manichéisme, refusant de porter la robe de procureur,
Benjamin Sehene se contente de décrire les affres psychologiques
d’un homme, prêtre de surcroît, qui sombre irrémédiablement
dans la déchéance morale. Ce premier roman, qui évoque
à certains égards Bernanos, pose la question de la
justice divine et de la justice des hommes. Impossible de connaître
le sort que réserve le Très Haut à cet abbé
égaré par satan. Quant à la justice des hommes,
la réponse est pour le moment entre les mains du ministère
français de la Justice…
Jean-Bernard Gervais
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